– Solo – Part 1

Solo. Assassin. Pionnier. Légende vivante.

Bref, je rencontre Solo le 19 juillet à Paname. Je l’avais eu au téléphone quelques jours auparavant et là on avait parlé du hip-hop dans sa globalité, son histoire et surtout l’association de lui et Rockin’ Squat qui en vrai ne peut que démontrer que, peut importe d’où on vient, ce sont les actes qui font qu’on est hip-hop ou non. Ça va sans dire que la personne dont on parlait était Rockin Squat, frère de Vincent Cassel pour ceux qui débarquent, fils de Jean-Pierre Cassel pour les plus anciens. Fin bref, en gros un mec qui vient pas d’la banlieue mais qui en a tout autant à dénoncer. Le mix des deux nous donne Assassin, l’un des premiers, si ce n’est le premier, groupe de rap français à avoir un discours très politique et à prendre le chemin de l’indépendance. Le groupe tel quel n’est plus, chacun a pris sa route mais ça n’empêche qu’ils sont, pour moi, le schéma exemplaire du hip-hop français dans les années 80. 

Tu t’rends compte ? Véritable pionnier, il était au terrain vague de La Chapelle quand sûrement toi et moi on existait pas encore. Quel luxe d’avoir ces légendes encore vivantes avec nous. Alors oui, quand je rencontre Solo, qu’il montre de l’intérêt pour mon projet et qu’en plus il en a à partager, forcément, j’suis ravie – en vraie j’suis comme une ouf mais c’est bien de réserver ses émotions aussi hein – et je ne voyais pas quelle autre discussion partager avec toi aujourd’hui pour honorer le #HipHopHistoryMonth. Oui, Solo est aussi le plus ancien de ceux que j’ai rencontrés. Ses paroles sont précieuses, Maggle, savoure !

Quelle est ta définition du hip-hop ?

C’est difficile à dire parce que c’est protéiforme et l’aspect protéiforme c’est quelque chose qui est toujours d’une certaine manière en constante évolution. Alors on peut essayer d’en dresser des contours, mais je trouve que c’est toujours mouvant parce que c’est pas quelque chose qui est de l’ordre d’une forme de limitation, ou qui se cantonne à ces éléments là. C’est plutôt définir un état d’esprit et définir un état d’esprit c’est vraiment ce truc qui est de l’ordre de comment tu utilises ce que tu as à portée de main pour que la communauté puisse se nourrir de ce que tu as à portée de main. C’est au delà d’une histoire de moyens, c’est une histoire de ce que tu fais de ce que tu as [t’arrives à suivre, Maggle ?]. Ce n’est plus une histoire de moyens, est-ce que c’est des grands moyens ou des petits moyens ou pas de moyens, non. C’est la manière que tu as d’exploiter ce que tu as et qu’au final la communauté puisse en profiter. Que ce soit dans le côté divertissement, que ce soit dans le coté connaissances et intellectuel, que ce soit dans le côté bienveillant. Tu vois, c’est vaste et c’est pour ça que je dis que c’est protéiforme. Une bonne parole peut faire de toi quelqu’un de hip-hop. Une bonne parole peut être une parole hip-hop. Tu vois ce que je veux dire ?

Mais du coup pour toi c’est un mouvement, une culture ?

C’est les deux. Pour moi c’est les deux. C’est une culture parce qu’effectivement y a des préceptes de base qui permettent son développement, qui ont permis son développement, mais surtout qui permettent que ce soit perpétué. Mais maintenant est-ce qu’on s’arrête juste à ces préceptes ou est-ce qu’on est dans la définition de ce qu’ils sont et de ce que ça véhicule au delà  d’une définition concrète ? Tu vois c’est très… [scientifique ??] Et moi je pense qu’on est au-delà de ce que ça véhicule dans la définition concrète. On est dans quelque chose qui est constamment en mouvement et qui est de l’ordre de l’interprétation, de la réinterprétation. Quelque chose qui définit très bien le hip-hop c’est, culturellement parlant, ce qu’on appelle le cannibalisme [non, promis j’ai pas eu peur]. C’est à dire que les trucs qui se nourrissent d’eux mêmes ou des choses qui sont elles-mêmes et qui à force de les remanger, réingurgiter, en ressorte encore quelque chose de nouveau. Donc c’est à dire que c’est en constante évolution. C’est comme de dire de manger intellectuellement ce avec quoi le voisin te nourrit, d’ingurgiter, le digérer, l’évacuer pour que quelqu’un d’autre puisse le remanger… Tu vois donc, c’est non-stop. 

C’est comme dire que rien ne se perd, tout se transforme. Exactement. Et ça pour moi c’est hip-hop parce que si tu regardes, le hip-hop ne naît pas de juste rien. Le hip-hop naît de différentes choses qui s’agglomèrent, s’amalgament, et donnent lieu à une nouvelle chose qui est perçue, ressentie et vécue comme une chose nouvelle. Alors que c’est ni plus ni moins que l’agrégation de choses déjà existantes. Et après c’est non-stop. 

_____

… Et c’est tellement non-stop que j’ai voulu cette fois-ci publier la discussion en plusieurs parties. Ouais j’sais, j’suis une gamine parfois. Mais c’est pas grave, ça prolonge le plaisir aussi, non ? Et comme là on parle pas à n’importe qui (j’te vois venir, j’ai pas dis que les autres étaient n’importe qui, attention aux mauvaises interprétations hein), faut vraiment qu’on savoure la discussion. Donc rdv next week pour la suite de l’entretien. En attendant, j’aimerais savoir c’que tu en comprends de sa définition. Toi aussi tu lis “partage” et “transmission” ? 😉

Keace & Peace

P.s. : hint pour la semaine prochaine, je lui ai demandé qu’est-ce qui l’avait attiré dans le hip-hop à l’époque, et qu’est-ce qu’il en pense de l’évolution aujourd’hui. Tu connais !

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