– DJ Fab –

Paris, 15 juillet 2019, sur la péniche Fluctu’Art.

Bon, là j’te l’accorde, il est tellement discret que si tu le connais pas, j’t’en voudrais pas. Mais quand même, c’est un grand DJ. DJ Fab. DJ de EJM, La Caution et de mon rappeur préféré of all times, Mos Def – from NYC. Mais en plus de ça, c’est un B-Boy comme y en a pas deux. Il est underground, il aime l’underground et il met l’underground en avant tous les dimanche sur Génération 88.2. Autrement dit, DJ Fab c’est la définition du hip-hop en personne. Et pour t’en convaincre je lui ai posé quelques questions 😉

Quelle est ta définition du hip-hop ?

2019 elle est un peu compliquée. Mais ma vraie définition du hip-hop c’est, surtout comme moi j’ai pu le vivre, une culture qui part de rien et qui peut faire beaucoup de choses. C’est plus une définition de gens débrouillards qui n’ont rien et qui, avec le peu qu’ils ont et qu’ils peuvent canaliser, arrivent à faire des grandes choses. Personne n’aurait pensé qu’aujourd’hui, 30 ans plus tard, un mec pouvait faire du son avec sa bouche – beatbox – et faire de la musique, personne n’aurait pensé que des mecs auraient pu parler sur de la musique en faisant des rimes, personne n’aurait pensé qu’un DJ avait la possibilité de pouvoir construire des boucles en live, personne n’aurait pensé que les plus belles fresques qu’on peut voir aujourd’hui c’est des graffeurs qui les ont faites. En tout cas c’est des graffeurs de la rue qui sont devenus potentiellement des grands artistes. Et puis il faut savoir aussi que la culture hip-hop c’est une culture de B-Boying, de style [on l’prononce à l’américaine steuplait Maggle]. Beaucoup de choses ont été reprises de ça, aussi bien comme de mettre une paire de air force, ou de mettre un baggy jean. Plein de choses qui font que ça authentifie toi et ça te sépare de plein de styles différents. Par contre ça te fait reconnaître tes paires d’une certaine manière. Tu vois c’que je veux dire ? Donc personne, y a plus de 30 ans, n’aurait pensé qu’on aurait pu dire que le hip-hop c’est incroyable. Personne n’aurait pensé qu’on aurait pu faire tout ça. C’est un démarrage de rien du tout en fin de compte. C’est la plus belle culture, moi en tout cas, que j’ai connue parce que même dans les années 80, 90, moi même j’ai eu du mal à rentrer dans une culture. C’était soit t’étais punk, mais j’étais pas punk [obviously]. Soit t’étais Michael Jackson parce que t’étais un peu renoi. Ou t’étais un peu new wave. Puis après, Bob Marley, reggae. Why not hein. Mais moi ça m’parlait pas. J’avais besoin de quelque chose de plus fort. Je savais pas quand ça allait arriver mais quand c’est arrivé à mes yeux je savais que c’était ça. Ah oui je savais parce que tout de suite j’voulais danser, j’voulais bouger. Je bougeais déjà avant même que le break n’arrive mais ça m’a guidé encore plus sur comment je devais bouger. Et pour être différent quand t’arrivais en boum [à l’ancienne ! #lol]. T’arrivais différemment, stylé et looké différemment, tu dansais différemment que nos conjoints ou d’autres personnes. Donc déjà tu crées la curiosité et puis peut être des fois l’envie. Beaucoup l’envie parce qu’après beaucoup se sont rattachés à cette cause. Donc voilà comment je peux définir la culture hip-hop.

Qu’est ce qui as fait que tu t’es retrouvé dans le hip-hop ? 

Ce qui m’a attiré c’est vraiment la culture hip-hop. C’est tout ce qu’il y avait dedans : entre le MC, entre le mec qui danse, entre le mec qui est DJ, entre le style, le mec qui fait du graffiti, et j’te passe des autres éléments, beatbox et autres. C’est tout ça qui m’a plu en fin de compte. Je trouvais ça génial. Et en plus c’était une culture black… Donc j’ai plongé les bras ouverts dedans. Et j’ai embrassé ça parce que c’est ce qui m’a collé le plus rapidement à la peau. Et sans même vouloir faire une analyse, toute de suite c’était automatique. Bien sur les gestes tu les apprends, tu les regardes, tu les pratiques. C’est pas grave, ça vient vite. Quand t’as envie d’un truc ça vient vite. C’est comme le DJing. Quand je me suis dis que DJ c’était ce truc là que je voulais faire, alors là c’était fini. Je voyais rien d’autre. J’voulais que des disques, puis j’voulais scratcher et j’voulais mixer. C’est tout ce que je voulais. Moi je suis quelqu’un de persévérant : quand j’veux un truc qui me plait, bah je vais au bout. Et mes parents ou plein d’autres gens m’ont dit “ouais mais ça va lui passer”… Pas vraiment, non. C’est un peu là le truc, c’est que même si tu deviens plus vieux, j’l’ai toujours dit, je resterai un B-Boy. Dans mon attitude, dans ma façon d’être, dans ma façon de pouvoir dire les choses, parler ou me positionner, je resterai un B-Boy et ça fait parti de toute cette culture. Qui a aussi ses travers, hein. Mais qui a aussi des bonnes choses. Mais après c’est à toi d’y trouver ton compte. Les bonnes choses, les mauvaises choses. T’es un adulte, tu arrives à savoir ce qui est bon ce qui n’est pas bon. Ce qui te fait du bien, ce que tu as envie de faire. Moi c’était tout de suite DJing. Au début c’était la danse, après j’ai graffé avec mes potes, après DJing. Dès que j’avais trouvé la clé, que j’avais une platine… j’y étais jour et nuit. C’était même plus que jour et nuit. J’te dis, j’ai même volé des disques dans les magasins pour arriver à assouvir cette envie d’acquisition et cette envie de possession. Ce qui est horrible par contre parce qu’en fin de compte tu stockes. Donc oui j’étais avide du truc quoi. J’avais besoin de ça. C’était pas non plus pour frimer devant les copains ou la gente dame, tu vois [vraiment ? #lol]. C’était surtout aussi parce que j’avais besoin de ça et que je me reconnaissais vraiment dans ce truc. Donc après tu fais toutes les démarches pour te retrouver dans le spot qu’il faut, aller voir le bon endroit, aller dans le truc underground, aller dans le truc ou y a le bon DJ, aller dans le truc ou y a les meilleurs MCs, à y trainer et voilà.

Ça rejoint l’idéologie du hip-hop qui est d’évoluer, se dépasser constamment. Oui, toujours. Toujours. Mais si aujourd’hui, ‘fin je dirais dans l’underground, en tant que DJ j’ai un nom [non tu as un nom, tout court] J’ai un nom. Mais même quand tu montes [et que tu as un nom, donc] sur scène t’es tout le temps obligé de prouver que tu sais encore faire des choses, que tu sais mettre du bon son, que tu sais bien mixer, que tu sais bien scratcher, que t’es encore dans les temps, que ton oreille elle est pas foutue. Fin tu vois t’es obligé de prouver. Je suis jamais arrivé sur scène en me disant “c’est easy.” À chaque fois je me remets en question. Pour tous les sets. Quand on me book à gauche, à droite, je me remets tout le temps en questions. Je regarde bien sûr des vidéos de DJ, j’observe, j’écoute, je vois. Puis après tu fais tes recherches musicales. C’est tout le temps de la remise en questions. C’est ça la force du hip-hop en fin de compte. C’est que tu peux pas te baser que sur tes acquis parce que tes acquis à un moment s’épuisent. C’est comme Usain Bolt. Il savait qu’il y en a qui allaient courir plus vite que lui au bout d’un moment, donc il a arrêté. Il a toujours ses trophées, il est toujours champion du monde, personne ne l’a battu mais il s’est arrêté au bon moment. Bah moi c’est la même chose, je me maintiens tout le temps en forme. Après y aura toujours plus fort que toi, c’est pas grave. Y a quelque chose qui fait que toi tu as ce truc en plus que le petit jeune qui arrive. En tout cas moi c’est comme ça que je procède et j’en ai besoin. Donc oui, je fais attention à ça. 

Et que penses tu de l’évolution du DJing aujourd’hui?

Écoute, moi je suis pour l’évolution. Et je dirais plus que c’est plus de l’évolution, c’est de la mutation. Donc j’te dirais que ce qu’on faisait nous à l’époque c’était de l’exercice de style. Parce que mine de rien prendre deux vinyles comme on le faisait, jouer avec, reprendre un autre, le mettre, c’était du sport. Donc aujourd’hui, quand je vois le truc, je suis comme tout le monde : j’suis sur un ordinateur, les gens sont très contents, ça m’facilite sur certaines choses, c’est magnifique ! Mais ce que je dis c’est que à l’époque, si t’étais pas bon en tant que DJ, c’est pas parce qu’aujourd’hui y a les ordinateurs que tu seras meilleur. Et l’ordinateur n’embellit pas ta musique. Si ton oreille elle est mauvaise, elle restera mauvaise avec un ordinateur. Donc tu ne pourras pas faire danser les gens comme t’en as envie. Si t’étais mauvais au démarrage et que t’as jamais réussi à percevoir et qu’on te l’a jamais dit. Si  tu penses qu’avec un ordinateur tu vas devenir meilleur, c’est faux. Tu resteras mauvais quoi qu’il arrive. C’est une sensibilité, la musique. J’dirais qu’on a tous une sensibilité différente. Et c’est ça qui est beau. Je critique ni le DJ de techno, je critique ni le DJ de hip-hop, ni le DJ de house. On a tous une sensibilité. Cette sensibilité c’est de pouvoir mélanger des sons d’une manière ou d’une autre. Après quitte à toi de le faire. Moi je me compare pas aux jeunes. J’ai plus envie de me comparer aux jeunes parce que c’est différent et puis il faudrait faire tout le temps des compétitions. Y a un moment t’es à un âge où t’as autre chose à faire que de faire des compétitions. T’as plus besoin, comme j’dis, de plaire en face. T’as besoin de plaire à un certain groupe de personnes et surtout à toi ! Parce que maintenant jouer d’la musique, être DJ, ça l’était avant mais là c’est encore plus pour me faire plaisir. Aujourd’hui on est tombé plus dans un côté récupérateur du truc. Avoir un DJ c’est joli, c’est beau. Ou un passeur de disques. Je suis pas un passeur de disques, moi. Je suis un technicien et un bon DJ. Je sais mélanger les arts et avoir la manière de faire du scratch. Tout ça, ça se travaille. Là j’dis pas que les jeunes le font pas aujourd’hui, je dis simplement que les jeunes d’aujourd’hui ils écoutent moins la musique. Ils sont plus dans de la technicité, ce qui n’est pas mauvais. Mais la technicité ne fait pas de toi un bon DJ, c’est la différence entre être devant 1,500 personnes et faire bouger 1,500 personnes avec un seul disque ou de faire une démo et voir 1,500 personnes bouger. Donc faut choisir ce que tu veux. Moi j’aime la musique, j’ai toujours aimé le skud [le disque, Maggle hein], j’ai toujours aimé prendre le vinyle, le déposer et l’écouter. Parce que j’aime la musique. Après j’aime mixer. Après j’aime scratcher. Tu vois la différence ? Tu vois ce que je veux dire ? Donc d’abord je suis un mélomane, j’aime ça, j’aime la musique, j’aime l’écouter, j’aime m’installer dans un fauteuil, écouter les sons que j’ai été achetés, de face A à face B, et me dire “ah ouais, ah ouais d’accord”. Après j’me dis quel morceau je peux tirer de ça qui sera le plus facile à jouer et que je pourrais mettre dans mes sets. Après y a la technicité. C’est tout. C’est autre chose aujourd’hui. C’est un autre monde. C’est une technicité, qu’est pas reprochable, je vais pas reprocher quelque chose, mais ils écoutent moins la musique. Mais ils sont forts. Et y en a plein, sans citer de noms, y en a plein des petits jeunes qui sont forts. Mais musicalement, ils sont pas DJ. Tu sens qu’ils sont pas DJ. Y en a devant une foule ils se chient sur eux, quoi. A part faire un coup de scratch après c’est fini quoi, tu vois ? Ça s’apprend d’être DJ. C’est un art, comme toutes les disciplines de la culture hip-hop.

Et tu penses quoi du hip-hop aujourd’hui, plus généralement ?

C’est différent. C’est plus du hip-hop. Moi, ce que j’entends dans le rap aujourd’hui c’est plus de la musique africaine, afro, électro, mais qui ressemble pas du tout à du hip-hop. Mais c’est que mon regard à moi parce que sur ça je suis très sectaire, je suis très fermé. Pour moi, les MCs, j’aime qu’ils rappent. J’aime que ce soit un mec qui rebondit sur les beats, qui a des rimes, qui a de l’écriture, qui a du flow. Aujourd’hui, à part quelques uns, y en a beaucoup j’entends pas que c’est ça. Faut laisser la culture dériver où elle va. Elle va se casser la gueule comme toutes les fois ou elle s’est cassée la gueule et elle va y rechercher ses cendres au fond pour remonter pour être au top. Parce que là on est dans le nivellement par le bas. En tout cas chez les MCs, on est dans le nivellement par le bas.

Donc toi aussi tu es d’accord qu’il faille revenir aux sources ? Bah il faut surtout que certaines personnes, beaucoup de personnes, apprennent réellement que ce qu’ils font c’est pas du hip-hop [j’en rigole encore de cette phrase, pardon xD]. Ça ne fait pas partie de la culture hip-hop. A partir du moment où les gens ont bien définit ça, ils seront dans une autre case. Ils arrêteront de dire que c’est du rap et ils feront autre chose et nous on pourra revenir à notre cercle, peut-être de personnes moins grosses, mais des personnes qui ont envie d’entendre un mec rapper ou un mec breaker, voir un mec danser ou j’sais pas, voir un vrai DJ. Voilà. Et que les autres font de la pop urbaine, mais pas du hip-hop, c’est pas vrai. Pas du rap, c’est pas vrai. Mais ça ne regarde que moi. Je suis un puristes et je le défends corps et âme parce que si y a pas de puristes, y a plus rien qui se tient, y a plus rien qui tient la baraque. Et il faut des gens comme nous pour tenir cette baraque. Parce qu’en fin de compte tout ce game c’est que de l’argent. Et cet argent il est dirigé non pas par le gouvernement mais des maisons de disques. Ces maisons de disques posent de l’argent sur la table, créent des petits jeunes en pensant que ouais ils ont du flow. Alors que tu [pas toi, Maggle, la maison de disques 😉] connais rien, t’as jamais connu ce que c’était le rap, tu sais pas ce que c’est le flow mais quelque part t’as peut être vu un potentiel chez lui. Mais ce n’est pas du rap. Et comme vous avez pas encore réussi à déterminer comment vous pouvez l’appeler, vous le laisser toujours dans la case rap. Donc les gens pensent que c’est du hip-hop. Les gens qui arrivent ils pensent “ah mais c’est ça le hip-hop ?” Non, ce n’est pas du hip-hop. Non, ce n’est pas du rap. Bah c’est quoi ? C’que vous voulez sauf ça. Y a d’l’argent, les gens plongent. Tu vas voir que dans un côté plus underground, y a pas d’argent. Les mecs ils ont envie de rapper, ils ont la dalles, ils sont bons, ils font de la bonne musique mais ils perceront pas, ils exploseront pas, ça sera que des oreilles averties comme toi, comme moi ou deux trois personnes qui entendront et c’est pour ça que c’est ce qu’on appelle ce cercle underground. Et il faut l’underground pour que le phénix renaisse de ses cendres. Sinon y aura toujours du mainstream et on aura que de la merde dans les oreilles. Moi la merde je ne l’écoute parce que je sais ce qu’il y a en dessous. Ce qu’il y a en dessous c’est pas de la merde. C’est un diamant et quand il est brut c’est ça qu’il faut aller voir. C’est ça qu’il faut écouter. Après c’est comme tu l’as dit c’est un discours qu’il faut savoir tenir avec les bonnes personnes. Si t’as ce discours avec des personnes qui n’ont pas la même idéologie de ce qu’est vraiment la culture hip-hop, c’est comme mettre des coups sur un murs, tu vas te faire mal, tu vas être épuisée. Et le but c’est pas de s’épuiser, c’est d’échanger ta connaissance avec quelqu’un d’autre pour lui inculquer quelque chose de plus et pour que lui aussi puisse après pouvoir avancer dans sa culture. 

C’est d’ailleurs un des piliers du hip-hop, le partage et rendre à la communauté mais aujourd’hui on ne voit plus trop ça. L’argent a toujours été le nerf de la guerre. L’argent appelle l’argent, la merde appelle la merde. Je dis pas que l’underground c’est de la merde mais ça ne véhicule pas d’argent.

Mais à l’époque l’argent n’était pas une motivation pourtant. Pourquoi ? Parce que c’était une culture émergente. Quand c’est émergeant, l’argent tu le vois jamais au démarrage. L’argent est venu après. Après quand y a de l’argent, quand les gens ont vu l’argent, ça a créé plein de choses, ça a créé des merdes. Et même si c’est devenu des hits et tout, y avait de l’argent derrière ça, parce que voilà… mais c’est pas grave ça fait partie de la culture hip-hop de se casser la gueule, de remonter, de se rappeler. Rien n’est inébranlable puis faut savoir un truc c’est que la culture hip-hop honnêtement n’a jamais su à l’époque se structurer. Donc c’est nos vieux démons qui remontent à la surface. Aujourd’hui les jeunes ils ont conscience de dire, avant même qu’ils soient stars, ils ont déjà un manager. Donc ils pensent aux thunes d’abord. C’est ce qu’ils ont compris et c’est l’avantage aujourd’hui des jeunes : c’est qu’ils ont vite compris comment ça fonctionnait.

Regarde, je prends un exemple et je ne critique pas, j’admire, j’suis pas fan, j’écoute pas : PNL. Ou c’est la plus belle supercherie, ou dans ce cas là c’est le plus gros coup stratège qu’on ait pu faire dans le rap. Si on appelle ça du rap. Mais où moi j’les respecte c’est que les mecs ils font leur propre business par contre, aucune interview. Rien. Ça marche c’est cool, ça marche pas, les mecs ils le disent, j’retourne sur le bitum. Respect ! Moi quand j’ai entendu ça, j’te respecte mec. Tu demandes rien à personne ! Les mecs explosent, ils sur explosent, et les mecs demandent rien à personne. On les voit ni faire les fanfarons à gauche ni à droite. En fin de compte ces mecs la ils me font penser à des mecs de cités qui font des braquages et n’ouvrent pas leur gueule [sur le ton d’la rigolade hein, va pas braquer d’banque !]. Comme on dit, les vrais gangster tu sais pas ou ils sont. Ils ont pas besoin de frimer. Tu vois ? Y a que les gangsters en carton qui dès qu’ils ont un peu d’argent ils achètent des grosses voitures et ils roulent dans le quartier. Bah PNL ils font pas ça, non. Ça marche c’est bien, ça marche pas tant pis. Ça fonctionne : on les voit nul part. Chapeau. Pour ça je les respecte et chapeau. Après moi j’appelle pas ça du rap. C’est autre chose mais pas du rap. Mais j’aurais 15 ans, je pense que je serai à fond dedans. 

Quand à l’époque tu disais t’écoutais KRS-One, les gens ils disaient “mais qu’est ce que vous faites ?!” C’est la même chose dans chaque génération. Quand mes parents écoutaient du jazz : “vous faites chier avec votre jazz.” Aujourd’hui c’est d’la musique qu’on écoute à fond quoi. C’est une évolution du temps et ça tu peux rien y faire c’est comme ça. On prend les choses telles qu’elles viennent. Ce qu’ils font c’est pas du rap, c’est tout. C’est autre chose. Mais ils font ce qu’ils veulent les gens, moi je ne suis pas décisionnaire, je décide pas qui brille ou qui ne brille pas. Si j’avais ce pouvoir, p*tain les choses auraient bien changé depuis bien longtemps. De toute façon on m’aurait viré. J’aurais pas été rentable [#lol qui aurait osé le virer ?] C’est pas ma vision de l’argent. En soi la culture hip-hop, y avait pas de vision d’argent. Quand on a démarré on était pas sur combien on va se faire. Moi quand on m’a dit viens on va jouer dans une soirée, je commençais pas par me dire je vais me faire combien d’argent. C’était “ah ouais je vais mixer pour des gens ah ouais !” j’étais aux anges. C’est venu beaucoup plus tard. “Je vaux ça. – Ok.” J’voyais que les gens disaient rien. “Bah je vaux ça.” J’double [#looool] Ça a marché, c’est cool.

Et pour finir, est-ce que pour toi le hip-hop est un mouvement de paix ? 

Non [whaaaaaaat ?], parce que comme j’te dis le hip-hop a aussi ses travers et les peace, love, unity and having fun c’était dans les années 80, 90. Point barre. Çà s’est arrêté. Quand tu vois, ou les rumeurs ou les vrais trucs, qui ont tournés sur Bambaataa [t’étais au courant toi ? j’te raconterai t’inquiète], y a un moment où quand tu as mon âge, tu rentres plus dans ça. Comme j’te dis y a des travers dans tout. Donc de paix je sais pas mais culture de compétiteurs, ouais. Sous tous les points de vue. Après de paix, quoi qu’il arrive, même dans des battles de break, dans des battles de DJ, j’ai vu des bagarres parce que le mec n’avait pas aimé que voilà… Donc de paix je ne suis pas très sûr. J’ai arrêté d’être peaceful moi. Au démarrage de cette culture hip-hop, dans les années 80, toute cette culture, c’était la moins peaceful quoi. Entre les bagarres de gangs de rue, on mélangeait tout. Entre les zoulous et les zulu qui étaient vraiment de la culture hip-hop, les gens en France ils ont tout mélangé donc ça a été quand même une culture ou y a eu beaucoup de bagarres. Donc culture de paix je sais pas. En tout cas oui ça m’a apaisé avec le temps et ça m’apaise toujours. Ça m’a apaisé parce que ça fait de moi ça et je me suis focalisé sur quelque chose de bien précis. Mais après, si le hip-hop était une culture de paix y aurait plus de guerres… [Mais on peut toujours essayer] Va dire ça aux palestiniens. Avec La Caution on est partis en Palestine. On y a été sous la tutelle de La Caution, on était aussi sous la tutelle hip-hop parce que La Caution [keur keur] y a pas plus hip-hop qu’eux. C’était vraiment un voyage de pèlerinage, on a vu des gens magnifiques. Moi ça m’a grandi, ce voyage. Au démarrage j’étais pas chaud. Mais Ahmed il est arrivé à me convaincre. Et c’était un beau voyage. J’aurais voulu ramener beaucoup plus de souvenirs mais pour des questions de sécurité on a pas réussi. Et le hip-hop est bien installé là bas aussi. [Justement, ils font du hip-hop pour faire abstraction à la guerre] Tous les pays le font et c’est ce qui est beau. Alors si on revient sur ta question, est-ce que le hip-hop est une culture de paix, vu sous cet angle là, oui [aaaaah me voilà rassurée]. Mais ça n’a pas encore assez de force dans ce sens là. C’est possible mais tu sais très bien que c’qui fait toutes les guerres c’est aussi les religions. Et l’avantage du hip-hop c’est que y en a pas et c’est ça la force du hip-hop. Regarde, toi et moi on parle, je suis DJ de La Caution depuis 20 ans, c’est des rebeus, je suis renoi. On arrive à se côtoyer. J’ai des amis juifs qui sont DJ et ainsi de suite. J’ai des amis chinois qui breakent. J’ai été dans tous les pays du monde. On a été au Kazakhstan avec La Caution, j’parlais pas leur langue, ils ont vu que je scratchais et on parlait… Grâce au hip-hop !

Après vu sous ton angle, oui ça pourrait devenir une culture de paix mais y a du chemin. Le hip-hop c’est de l’endurance. Faut garder cette niac mais faut que tu aies les bonnes personnes aussi. L’argent je dirais que c’est un défaut de la société mais c’est pas non plus mauvais. Aussi bien dans une culture. Je souhaite qu’il y ait un peu plus d’argent pour pouvoir développer beaucoup plus de choses. Pour moi l’argent c’est quelque chose qui a son importance dans la culture. C’est comme la musique tout dépend de ce que tu mets dans ton ordinateur, ça ne fait pas de toi un bon DJ. 

Une de mes discussions préférées 🙂

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